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Forum RPG dérivé de la série Once Upon A Time
 

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 Traque au crépuscule [Kay]
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ARENDELLELive in Winter


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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Lun 25 Mai - 19:12

Le jeune prince n'avait su dissimuler ce frémissement de joie sincère qui l'avait étreint au moment où il avait vu sa flèche s'envoler vers l'arbre, comme un battement d'aile. Il n'avait pu taire cette satisfaction qu'il avait ressenti lorsqu'il avait cherché instinctivement dans le regard du Chasseur un signe quelconque d'approbation. Devant la mine austère du personnage, l'élève avait cessé de s'oublier ainsi et s'était retranché comme de coutume derrière une visage de marbre. Il n'avait pas manqué de s'excuser d'avoir manqué la cible dessinée sur l'écorce du vieux pin. Le Chasseur s'était alors contenté de hocher la tête d'un air approbateur comme s'il acceptait, dans son silence et par ce geste, la joie et l'échec paradoxal de son élève. Il y avait dans ce mouvement presque nonchalant mais profondément bienveillant une sorte d'encouragement. C'était comme si le professeur cherchait à lui signifiait, à sa manière, que le coup n'était pas si terrible que ça. Dans ce dialogue muet, Kay s'était contenté d’acquiescer sans un souffle. Sans un soupire, il s'était emparé d'une nouvelle flèche et attendait l'autorisation d'essayer à nouveau. Il attendait, le cœur vif, qu'on accéda à cette demande qu'il avait peut-être formulée de vive voix à moins que ses yeux eussent parlé pour lui.

Le Chasseur sembla partager son empressement à réitérer l'expérience. Et tout se passa une nouvelle fois sans que les mots soient nécessaires. Alors que Kay guettait une quelconque approbation de sa part, il remarqua qu'un petit pli sur le visage de son mentor venait de se former au coin de ses lèvres pour les retrousser légèrement. On n'y voyait pas les dents, on pouvait seulement les deviner dans ce tiers-sourire invisible. Le jeune prince, peu familier avec cette forme primaire de sincérité, choisit d'y voir et d'y comprendre une naissance de sourire qui ne devait rester chez cet homme qu'à l'état de nourrisson avant de mourir aussitôt, dévorée par cette moue sévère, habituelle et rassurante, envers et contre tout. Muré dans son attitude habituelle, le Chasseur lui demanda, sans sévérité ni méchanceté, de recommencer jusqu'à ce qu'il réussisse l'exercice. Il devait être bien sûr de la réussite de son élève pour l'affirmer ainsi ; à moins qu'il ne soit de nature très patiente... Pétri de bonne volonté, le jeune Kay passerait toute la journée dans la neige s'il le fallait. La nuit même ! Et les autres journées que le soleil voudrait bien éclairer !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Kay se mit en position et la flèche vola à nouveau pour mourir au pied de l'arbre comme s'il n'y avait eu aucune amélioration notable avec son tir précédent. Il y en avait bien entendu une que l'orgueil blessé du petit seigneur ne perçut pas. Cette fois-ci, son professeur n'avait pas ajusté sa posture pour tirer. Il était donc parvenu seul au même résultat que celui qu'il avait obtenu avec l'assistance du brave Chasseur. Cela n'avait aucune importance à ses yeux. Il ne saurait trouver le repos avant d'avoir réussi à effleurer cette vielle carcasse de sapin !

Les tirs s'enchaînèrent. À chaque fois, la flèche atterrissait dans la neige sans jamais menacer véritablement l'écorce tenace du vieil arbre. Kay tentait tout pour toucher le tronc, mais l'agacement commençait à nuire cruellement à ses tirs qui jusque à présent témoignaient d'une régularité plus que louable. Il était admirable de remarquer à quel point ses tirs étaient droits, presque mécaniques. Il était encore plus admirable de voir cette obstination à ne conduire la flèche qu'aux pieds du vieux pin. Chasseur, un peu moins avare en parole lorsqu'il s'agissait de parler de flèches et de coups manqués, vint à la rescousse à renfort de nouveaux conseils. Voyant qu'ils n'arrivaient à rien, le mentor conseilla à son élève de viser avec son autre œil pour son prochain tir.

Face à une telle idée, pourtant si naturelle, Kay porta un regard confus à l'attention de son professeur. Il visait avec l'œil qu'il jugeait normal. Lorsqu'il utilisait l'autre, le droit, il y voyait des couleurs vives qui lui donnaient la nausée. Le spectacle à la cour qu'il lui fallait contempler chaque jour était à ce titre déplorable. À chaque sentiment son coloris. Les tons rouges étaient dévolus aux désirs les plus lubriques. Le bleu illustrait ce qui ressemblait le plus à de l'ambition. Si bien que tout le château semblait se noyer dans une mare violacée, une couleur violâtre et artificielle qu'on ne trouverait nulle part ailleurs. Lorsque le jeune prince portait son œil maudit sur le Chasseur, il le voyait en différentes nuances de gris qui reposaient son esprit.

« Je doute... que ça change quelque chose..., se risqua à hasarder le prince, soucieux de garder son secret pour lui comme on le lui avait bien recommandé. »

Il s'était détaché de l'arc que son mentor lui avait confié, ne sachant comment exercer son talent. Un arbre n'avait pas d'émotion, aucune couleur. Pas même ce joli gris, couleur de la fourrure des loups qui composaient la meute du Chasseur. Kay essaye quand même et confirma ses hypothèses. Le tir fut catastrophique et se perdit quelque part loin de l'arbre, toujours dans la neige grâce à ce que les savants ont coutume d'appeler « gravité ». L'échec constituait un bien pire problème que ce phénomène dans la grande existence que menait le petit monarque. L'adolescent pesta, mais, avant même qu'il ne put invoquer l'excuse du mauvais temps, le vent se leva sans crier garde, fouettant son visage avec rage comme pour le sommer de rentrer à la maison.

« C'est curieux, le ciel a l'air en colère, remarqua le Chasseur sans vraiment porter attention à ce brusque changement dans l'air. »

C'était comme s'il avait anticipé le prétexte de son élève face à l'échec au lieu de voir qu'effectivement le temps se faisait quelque peu moins... clément. Il était difficile à dire si le Chasseur était ironique ou pas si on le regardait pas. Et même en l'ayant en face de soi, son visage fermé et sérieux restait ouvert à l'interprétation. Kay porta donc son attention dans sa direction sans être plus avancé. Voyant qu'il avait les yeux levés vers le ciel, il en vint à conclure, sans grande certitude, que l'homme était sérieux. Et si tel était le cas, il avait bien raison. Ce brusque changement ne pouvait signifier qu'une seule chose... La Reine devait s'apercevoir de sa disparition et craignant le pire, elle n'aurait su contenir la grande puissance sommeillant en elle. L'hiver allait être de plus en plus rude à partir de maintenant.

Malgré cette menace bien claire, le jeune prince choisit d'obéir à l'homme qui prenait soin de lui inculquer les valeurs de la forêt. Celui-ci lui intimait en effet l'ordre de ne pas se déconcentrer et de persévérer. Ils ne partiraient pas tant qu'il n'aurait pas réussi l'exercice. Kay se tourna face à son vieil ennemi d'écorce et de neige, fronça les sourcils comme pour se concentrer et attendit un supposé bon moment. Le cri du vent déchirant l'air aux alentours. La neige tourbillonnant autour d'eux. Tout ça suivait presque un rythme particulier. Il avait presque l'impression de sentir les battements de cœur de sa mère lorsqu'elle était en colère. Le paysage devenait une carte du cœur de la Reine. Mais pas de Lac d'Indifférence ou de Mer d’Inimitié, la « Carte du Tendre » d'Arendelle n'était qu'amour rageur... Kay ferma les yeux et écouta la royale complainte. La flèche partit avec grâce et élégance, en direction de la cible qu'elle aurait sans doute touchée si le vent ne l'avait pas brisée en mille éclats avant qu'elle n'atteigne sa destination.

« C'est à cause du vent, trancha aussitôt le prince en rouvrant les yeux. »

L'agacement se lisait aisément sur son visage. Son front perdait de sa couleur à chaque rafale de vent tandis que ses joues et ses lèvres prenaient une belle couleur rouge qu'on savait pourtant n'être jamais chez lui le signe d'une quelconque affection. Frustré, le jeune homme frissonna. Il leva à nouveau les yeux vers le ciel blanc avant de rencontrer la silhouette aussi grise que rassurante. La crainte que le Chasseur ne souffre du froid le saisit aussitôt. Lui ne ressentait jamais ça, mais il savait que c'était différent pour les autres.

« Mettez-vous à l'abri, Chasseur.., dit-il presque en grelottant. Le froid... Le froid.. Il aura raison.. de vous sinon... »
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Sam 6 Juin - 15:04

Ni le vent ni la neige ne semblaient capable d'avoir raison de leur obstination partagée. Cette flèche atteindrait son but, quel que soit le temps qu'ils y passeraient. Tout le clamait dans l’attitude de Kay : son regard, sa posture appliqué, ce pli concentré, au coin de la bouche. Et dans sa façon d’avoir déjà adopté, presque sans y penser, le dialogue muet auquel son mentor l’avait vite contraint, par ses regards plus expressifs que ses courtes réponses laconiques. Le Chasseur se surprenait lui-même, il ne se serait jamais cru capable de lire ainsi dans un être humain et pourtant… Le fait qu’il lui semblait de plus en plus simple de comprendre les mimiques de son protégé.

Son conseil, par exemple, tomba à plat. Du moins, il le serait si le vent ne soufflait pas si fort. Avant même que Kay n'osa un commentaire timide, le Chasseur perçut le scepticisme du garçon. En retour, l'homme haussa les épaules. Après tout c'était à l'adolescent de choisir ce qu'il piochait de son savoir. Un mot qui lui semblait bien prétentieux d'ailleurs, savoir. En tout cas pour ce qui le concernait. Et malgré ses doutes, le petit prince choisit de tenter le tout pour le tout. Le succès ne fut pas au rendez-vous, c'était le moins qu'on pouvait dire, et le Chasseur eut une légère grimace. Ça n'était clairement pas la solution au problème du garçon. A travers le rideau de neige, l’homme scruta son protégé sans agressivité particulière. L’œil magique de Kay brillait de son éclat si particulier. Il n'avait pas l'air d'être aveugle et pourtant... sa vision semblait complètement faussée par cette pupille étrange.

La tempête ne se calmait pas, au contraire. Les pauses entre deux bourrasques se faisaient de plus en plus rares, de plus en plus brèves. Kay se concentrait, il le sentait bien, pour essayer de suivre son conseil, pour parvenir à ne faire plus qu'un avec son environnement. Trouver la respiration et la mettre aussitôt à profit. Dans son attente silencieuse, le Chasseur referma ses bras autour de lui-même, réflexe inconscient pour conserver un peu de chaleur.

Soudain, la flèche partit. Trait droit dans la grisaille, elle fendit l'air alors que lui-même retenait son souffle. Cette fois, Kay allait atteindre la cible... C'était sans compter la colère de la Reine qui brisa les espoirs de son fils en même temps que la fragile baguette de bois. Le visage du Chasseur se fendit pourtant d’un sourire rare dont la chaleur tranchait sur la température ambiante. Dans son esprit, c’était tout comme si le petit prince avait réussi.

Un nouvel assaut du vent emporta sa clarté inattendue. Malgré les bourrasques glacées, l’homme ne pliait pas. Cerné par les pins séculaires, il aurait pu être l'un d'entre eux. Droit, immobile, aussi gris que leurs immenses troncs dans la tempête. Il avait rabattu sa capuche de fourrure par-dessus son visage mais cette maigre protection n'empêchait pas ses sourcils de blanchir lentement, à mesure que les flocons se faisaient plus violents et insidieux. le Chasseur gérait le froid comme la faim ou la soif. Il l'acceptait, tout simplement, sans vaines tentatives de l'ignorer, et l'incluait dans le tout que représentait son existence. Et pour ce que son instinct de survie tirait de cette nouvelle donnée... C'est que son jeune protégé n'avait pas tort, il n'allait pas pouvoir rester éternellement ici, au risque de voir sa mort subvenir sous les traits d’une statue de glace. Ça n'aurait certes pas dépareillé dans le paysage mais le Chasseur ne s'obstinait pas à vivre, jour après jour et contre toutes les estimations, pour finir dans ce triste état.

En guise de réponse à l’avertissement de Kay, il inclina la tête puis récupéra son arc.

« Nous allons tous les deux nous mettre à l’abri. Ce n’est pas parce que tu ne ressens pas le froid qu’il n’a aucun effet sur ton corps. »

Peut-être était-ce le cas mais dans le doute, il ne laisserait pas le jeune homme périr bêtement ici. Courbé en deux pour résister aux assauts de la neige, le Chasseur conduisit son protégé à travers les arbres, à la recherche d’un endroit propice où s’abriter. Il fallait se rendre à l’évidence, retrouver leur asile de la nuit serait impossible par ce temps, il percevait bien que ses membres transis ne tiendraient pas jusque là. Avisant enfin, entre deux rafales, un bosquet d’arbres propice à ce qu’il avait en tête, le Chasseur se mit au travail sans attendre. Les troncs étaient positionnés de telle façon qu’ils offraient déjà une légère protection à l’agressivité de la tempête. L’homme se servit de leurs ramures pour initier le squelette d’un abri précaire, puis le consolida avec des branches glanées à l’alentour. Ce n’était pas un palace mais à défaut de mieux, c’était souvent ce qui lui avait permis de résister aux intempéries. Quand, avec l’aide de Kay, il eut terminé, l’homme se glissa dans le semblant de cabane qu’il avait construit. Elle était si petite qu’elle pouvait à peine les accueillir eux-mêmes en plus de l’espace qu’il avait réservé à un petit foyer. Condition sine qua non pour se réchauffer quand la meute refusait de se rapprocher pour cause de présence d’un intrus : le feu. Tout était prêt, l’homme avait disposé les branchages dans le même mouvement que celui de repousser la neige hors de l’abri, rendant son sol plus hospitalier, mais il ne parvenait pas à faire démarrer les flammes. Frigorifié, il se tourna vers Kay :

« Il va falloir que tu le fasses, mes mains tremblent trop. Je te guiderai. »
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Lun 22 Juin - 0:38

Flèche brisée, espoir brisé. Le visage du prince, qui s'était, l'espace d'un instant, illuminé, s'était aussitôt rembruni en voyant le projectile déchiré par le vent en dizaines d'échardes que bientôt il ne put voir davantage. Kay cligna des yeux et détourna définitivement son regard du vieux chêne et de la cible qu'il n'atteindrait jamais. Tout autour devenait blanc, le vent charriant par centaine d'épais flocons de neige. Trop occupé à compter ce qui ne saurait être dénombré, il ne remarqua pas la tendre morsure du froid se déployer, petit à petit sur sa chair. Loin de la voir sur ses propres lèvres, il finit toutefois par l'apercevoir sur le visage de son mentor, qui, recouvert d'épais flocons de neige, donnait l'impression que de nombreuses années s'étaient écoulées depuis le dernier tir de son novice. L'homme semblait même secoué de quelques tremblements. Le jeune prince avait donc proposé d'interrompre l'entraînement afin de préserver la santé d'un maître dont il ne pouvait encore se passer. Trop soucieux de la santé du professeur et de ce qu'il percevait comme un échec, il ne remarqua pas la mine satisfaite de ce dernier. Il n'avait pas compris qu'il avait réussi l'exercice...

« Nous allons tous les deux nous mettre à l'abri. Ce n'est pas parce que tu ne ressens pas le froid qu'il n'a aucun effet sur ton corps. »

Le Chasseur avait donc décidé de suivre les conseils de son élève et entendait bien se préserver du froid et de la tempête comme il le pourrait. Il avait toutefois émis une condition ; Kay devrait l'accompagner. Le prince fronça les sourcils un peu surpris par cet élan d'attention de la part d'un inconnu. Il voulu rétorquer aussitôt que ce n'était pas la peine de s'inquiéter pour lui, mais ses dents ne firent que grincer tandis qu'aucun mot ne put sortir de sa bouche. Il n'avait pas froid, lui... Bien qu'il ne ressentait pas cette tendre et vive morsure, il dut admettre qu'il lui était plus difficile de bouger ses membres déjà engourdis. Il soupira et se contenta finalement d'acquiescer. Son mentor était un homme sensé après tout... Il valait mieux ne pas attendre d'être changé en statue de glace sans réagir.

Kay n'attendit pas une seconde de plus pour emboîter le pas à son mentor, marchant dans ses traces alors que celui-ci s'éloignait déjà devant lui. La neige et le vent fouettaient violemment le visage des deux hommes sans qu'aucun n'esquissa la moindre plainte. Loin de souffrir de la brûlure des basses températures, le jeune homme se contenta d'avancer encore et toujours, ruminant les propos de son maître pour ponctuer ce périple de quelques réflexions. Il se sentait divisé entre un sentiment de fierté puisque quelqu'un avait pu reconnaître son talent et une sensation de crainte d'avoir été si facilement percé à jour. Le renouveau avait toujours ce goût délicieux d'aventure, saupoudré d'une certaine amertume face à l'inconnu. La force du souffle qui ne cessait de les assaillir les obligeaient à s'abaisser afin de protéger, un temps soit peu, leur visage et éviter ainsi d'être déséquilibrés et de choir lourdement dans la froide neige de l'hiver. Fort heureusement, les arbres leur offraient un maigre répit en s'interposant pour faire face à la tempête. Dans ses pérégrinations, le prince en arriva presque à penser que c'était, peut-être, un peu ridicule d'avoir laissé le temps se gâter à ce point avant de réagir et de chercher asile...

Maître et élèves débouchèrent finalement dans un petit bosquet où les arbres, bien qu'ils fussent plus frêles que les autres, étaient plus resserrés et offraient ainsi un meilleur abri aux deux fugitifs. Leurs branches pliaient dangereusement face aux assauts du vent, mais celles-ci semblaient suffisamment souples pour ne pas se rompre en un craquement sec et sonore comme certains pins qui avaient tenté de les protéger quelques temps auparavant. Tout restait pourtant à faire pour sécuriser les lieux... Sans dire un mot, le Chasseur s'empara de larges branches qu'il disposa autour de leur semblant de cachette comme pour imiter les poutres des petites masures perdues au fond des bois où les pauvres parents avaient pour principale coutume d'abandonner leurs nombreux enfants lorsque le pain venait à manquer. Lorsque Kay comprit ce que tentait de faire son guide, en l'occurrence, consolider leur abri des plus précaires,  il l'imita aussitôt, choisissant les morceaux de bois qui lui parurent les plus amènes de résister au vent pour les protéger.

Une fois qu'ils eurent effectués ces quelques aménagements qui s'avéraient plus que nécessaires, maître et élève se glissèrent à l'intérieur de leur abri branlant à chaque frappe du vent. L'endroit n'était pas bien large et il fallait s'y serrer. Au moins étaient-ils en sécurité pour s'offrir un peu de répit. Loin de s'en plaindre, le prince estima même, dans sa grande lucidité, que la proximité du chasseur et de son habit de fourrure offrait une chaleur qu'aucun homme sensé n'aurait dédaigné dans ce genre de circonstances. Bien entendu, il se passa de toute commentaire élogieux sur la promiscuité, trop soucieux de son orgueil et de l'image afficher face aux autres.

Il laissa glisser son regard sur son compagnon qui s'agitait un peu. Le Chasseur venait de disposer quelques brindilles au centre de leur cachette enveloppée par la tempête. Pour l'avoir observé le faire auparavant, Kay comprit qu'il désirait à nouveau faire naître les flammes dans ses mains et les réchauffer ainsi tous les deux. Le jeune homme n'avait jamais vu ce genre de magie et ce qui l'émerveillait dans ce savoir-faire restait le fait qu'il n'y avait rien de véritablement magique dans l'affaire. C'était presque incroyable lorsqu'on côtoyait des êtres aussi impressionnants que la Reine des Neiges. Il le regarda donc faire avec beaucoup d'attention, mais, cette fois-ci, le miracle ne se reproduisit pas. Aucune fumée ne vint caresser les doigts agiles de l'homme des bois. Ceux-ci ne semblaient d'ailleurs nullement décidés à exécuter le même rituel que la veille. Le Chasseur était même secoué par quelques tremblements qui se répercutaient naturellement sur le moindre de ses gestes devenus terriblement imprécis. Le froid et la mort semblaient bien décidés à reprendre leur droit sur les pauvres mortels qui avaient eu l'audace de braver la tempête...

« Il va falloir que tu le fasses, mes mains tremblent trop, trancha le maître sans aucun affolement dans la voix. »

Kay leva aussitôt un regard inquiet en direction de son hôte. Comment pouvait-il parvenir à réaliser ce qu'il n'avait vu faire qu'une seule fois ?! Au château, les cheminées étaient toujours allumées de peur que le petit prince n'attrape froid. Personne ne s'y serait risqué de lui apprendre comment entretenir l'âtre de peur de représailles de la Reine, soucieuse de ne pas voir son fils jouer dans la cendre. Et s'il ne faisait pas les choses comme il fallait le faire ? Et si, agacé, le Chasseur décidait de l'abandonner et de le laisser braver la tempête seul ? Il en viendrait à bout... Naturellement ! Mais... Il ne désirait pas ce genre de solitude...

« Je te guiderai, ajouta le Chasseur avec une voix qui se voulait plus encourageante. »

Bien qu'il hésitait encore sur la démarche à suivre, le jeune homme ne se fit pas prier davantage et s'empara des deux silex qu'il se contenta dans un premier temps de contempler platement tout en claquant des dents. Puis, se remémorant les premiers gestes du chef de meute, il les frotta l'un contre l'autre dans l'espoir d'y voir une étincelle apparaître. Il s'arrêta aussitôt pour regarder le résultat. Il n'eut aucune conséquence particulière à ce geste en dehors du bruit sec que firent les deux pierres en se cognant. Kay, vexé, contracta la mâchoire et réitéra l'expérience pour essuyer aussitôt un nouvel échec. Ses doigts engourdis agissaient maladroitement et il devait serrer les pierres de toutes ses forces pour qu'elles ne lui échappent pas des mains. Par chance, il ne ressentait pas la douleur que ce genre d'effort pouvait susciter en de pareilles circonstances. Pour faire du feu, il fallait davantage de vivacité. Il se souvenait bien que son mentor frottait plus vite que lui. Il réessaya encore, accélérant le rythme, les cognant toujours plus vite et plus fort sans s'arrêter. Même s'il n'y arrivait pas, ce simple geste lui permettait de laisser s'extérioriser sa frustration face à cet échec cuisant. Il frappa plus fort, plus vite, encore. Encore. Encore...

Bientôt des étincelles apparurent, suivies par la fumée salvatrice venue annoncer que le feu ne devrait plus tarder. Le prince, satisfait et épuisé, laissa alors tomber les deux silex sur le sol, libérant ainsi ses deux mains meurtries d'un poids devenu inutile. Il referma doucement ses poings usés par l'effort et le froid sur ses paumes rougies et entaillées par la pierre. Vaincu, il se recroquevilla sur lui-même et, sans esquisser la moindre plainte, laissa à son guide le soin de souffler sur le brasier pour faire naître véritablement les flammes. Il était épuisé.

« Que vont devenir... les loups avec cette tempête ? demanda-t-il avec inquiétude à son compagnon lorsque celui-ci se fut rassis, Ils.. ne vont pas avoir froid ? »
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Dim 5 Juil - 6:49

Pas froid hein… Lorsqu’il voyait la difficulté avec laquelle se déplaçait Kay, le Chasseur se permettait d’en douter. Ou du moins, non pas de remettre en question ce que lui avait assuré le jeune homme mais de songer que sa théorie se vérifiait.  Le baiser glacé de la neige ne se voyait peut-être pas, il mettait plus longtemps à faire son œuvre, mais nul doute qu’il avait bel et bien un effet sur son protégé. Possiblement jusqu’à ce que mort s’en suive ? En bon mentor qui s’ignorait, Chasseur ne laisserait pas une telle chose se produire. Que le givre fasse sien Kay quand il se trouvait seul, inconscient du danger auquel il s’exposait, mais surement pas sous sa protection !

Fidèle au rôle qu’il avait adopté dans leur duo, l’homme sauvage ouvrait la marche, attentif sous ses sourcils broussailleux de neige afin de ne pas rater l’opportunité qui les sauverait. Ses pas s’enfonçaient de plus en plus profondément, le niveau de poudreuse dépassait à présent ses genoux, et sans amertume aucune, il partageait l’analyse du petit prince. Il aurait dû réagir plus vite, bien plus vite. Il s’était trop reposé sur ses capacités, celles qui lui permettaient d’ordinaire de calculer avec approximation, certes, mais une certaine certitude, le moment où il ne serait plus temps de tergiverser. Cette petite frontière, si infime, entre précipitation et insouciance fatale. Le facteur magie lui était beaucoup plus difficile à saisir mais Kay l’avait prévenu, la faute était entièrement sienne. Une fois, pas deux : Arendelle ne le prendrait plus ainsi au dépourvu. Il n’était plus un jouvenceau naïf que l’on peut piéger à deux reprises de la même façon !

Une chance : Kay était un élève observateur et réactif. Dès lors qu’il eut comprit ce que trafiquait son professeur, il s’empressa de lui prêter main forte. Aucun sourire ne perça sa nouvelle amure de glace mais le Chasseur apprécia l’effort. Bientôt, ils furent pelotonnés l’un contre l’autre et le visage de l’homme se mura brièvement lorsqu’il se rendit compte qu’il ne parviendrait pas seul à faire démarrer leur feu. Une nouvelle épreuve qu’il n’avait pas prévue pour le petit prince. Être lui, ou en tout cas être comme lui, impliquait d’apprendre à maîtriser cet art délicat de la chaleur. Pour être tout à fait honnête, le Chasseur n’avait pas autant besoin de foyer au quotidien qu’on aurait pu le croire. Il vivait après tout dehors : sous la lune et le soleil, la pluie, le vent ou la neige. Mais il tirait en général sa protection contre les intempéries de sa meute. Meute qui se réduisait aujourd’hui à la personne d’un adolescent.

« Ça ira », se sentit-il obligé de rassurer le petit prince au regard anxieux. Les encouragements n’étaient pas son fort mais à situation inédite, réponse improvisée. Tout reposait sur Kay et il aurait été peu productif de l’angoisser encore plus.

Tremblant, de son style habituel pour le moins concis, le Chasseur guida son élève. Le jeune homme s’entêtait, s’agaçait et son mentor eut toutes les peines du monde à ne pas s’impatienter de cette maladresse pourtant bien naturelle, de ces gestes malhabiles. Le froid le rendait moins tolérant à l’échec. Enfin, un filet fumeux ténu s’éleva et un soupir échappa au professeur. Les gestes ralentis mais aussi précis que faire se peut dans la situation, il attisa les braises, nourrit le feu, s’occupa avec toutes les précautions du monde de cet enfant capricieux dont ils dépendaient tous les deux. Comme récompense de cette délicatesse dont les mauvaises langues auraient pu le croire dénuer, une flambée claire remplaça bientôt les quelques étincelles éparses. Enfin, presque aussi épuisé que son élève, le Chasseur put apaiser ses tremblements et se nichait à nouveau dans le creux de leur abri. Kay s’était recroquevillé et l’homme se réinstalla épaule contre épaule avec son protégé, profitant sans honte d’une chaleur assez relative en ce qui concernait le jeune prince. Décidemment, il y avait quelque chose qui clochait chez son protégé : pouvait-on être vivant et avoir la peau si froide ? Le Chasseur ne fit pourtant aucun commentaire. Subvenir à leurs besoins primaires passait toujours avant de satisfaire une curiosité malvenue. D’autorité, il fourra quelques tranches de viande séchée entre les mains meurtries de l’adolescent, avant de lui répondre d’une voix basse et lasse :

« Ne t’en fais pas pour eux. Ils sentent les revers de la magie bien mieux que moi, ils ont dû partir se réfugier tout de suite après nous avoir avertis. »

Le vent sifflait entre les branches et l’homme jeta un bref regard à leur toiture de bois précaire, jaugeant d’un œil critique sa solidité. A temps et tempête ordinaire, il aurait parié sans hésitation sur leur petit refuge mais vu l’origine des intempéries, il ne savait trop quoi en pensait. Le Chasseur s’abîma dans une profonde réflexion, laissant les craquements du foyer et les cris de la tempête occupaient son silence. Il faisait bien longtemps qu’il n’avait eu à se préoccuper des états d’âme… d’une mère.

« La reine te cherche, petit prince ? » Interrogea-t-il sans animosité.

Si cette tempête qui les piégeait était le fruit de la colère d’une femme, il n’avait définitivement aucune idée du temps qu’il lui faudrait pour passer.
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Sam 11 Juil - 20:14

Le garçon laissa errer son regard se promenant du feu jusqu'à la blanche tempête qui tentait de les étreindre pour les geler jusqu'aux os. Le petit foyer n'apportait aux deux voyageurs qu'un maigre réconfort, mais suffisait à éviter qu'ils ne tombent dans un sommeil profond duquel ils risquaient bien de ne jamais sortir. Kay baissa légèrement la tête mais se retint d'aller à la rencontre d'un sommeil qu'il n'avait pas appelé à son chevet. Le dos du Chasseur qu'il sentait contre le sien lui apportait l'essentiel de la chaleur pour ne pas totalement sombrer. Le jeune homme soupira, confus de ne pouvoir apporter la même contribution. Il avait toujours peiné à se réchauffer parfaitement. Pour la première fois depuis qu'il marchait dans les traces de son mentor, il ne se sentait plus véritablement à sa place. Avec son corps froid, il se sentait devenir une gêne pour l'homme des bois. Pire ; il craignait même que les loups préfèrent la fatale morsure du froid plutôt que de venir s'abriter en leur compagnie. S'ils étaient là, le Chasseur n'aurait pas froid. Mais il était assis contre lui, claquant des dents et transis de froid.

Comme s'il sentait les appréhensions de son disciple, l'homme posa entre ses mains quelques tranches de viande séchée qu'il avait pris soin de faire réchauffer sur leur modeste brasier. Il ajouta même à son geste, certes un peu gauche, quelques paroles se voulant réconfortantes. Les loups étaient déjà à l'abri. Il ne fallait pas s'en faire pour eux. Mais peut-on véritablement se préserver de la colère d'une mère commandant à la neige et au vent du Nord ? Le plus simple serait peut-être qu'il retourne de lui-même au château afin de protéger ses nouveaux... amis ? Il faudrait...

« La reine te cherche, petit prince ? »

Kay sursauta et leva un regard inquiet et suspicieux en direction du Chasseur. Ce dernier ne parlait pas beaucoup mais, derrière son apparence taciturne, il semblait cacher un chef-d'œuvre de perspicacité. Cela en devenait presque effrayant... La surprise passée, le prince baissa à nouveau son regard pour contempler le feu muet. Il faudrait bien répondre quelque chose...

« Oui... se décida-t-il finalement à répondre entre ses dents, Souhaitez-vous que je prenne congé de vous ? »

Que pouvait-il bien répondre d'autre ? Le garçon s'était à nouveau muré dans son silence, mordant dans la viande sèche qui n'avait rien à voir avec les mets qu'on pouvait lui servir au palais. Il s'était peut-être montré un peu trop sur la défensive, masquant sa déception derrière d'apparentes civilités. S'il lui fallait quitter le Chasseur, il partirait. Il partirait avec regret mais il exécuterait le dernier ordre d'un maître qui n'avait jamais voulu se retrouver avec un adolescent dans les jambes.
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Dim 19 Juil - 9:13

Ne pas se laisser engourdir par le froid. Le Chasseur bascula la tête en arrière, pensif. Quelle heure pouvait-il être ? L’absence de lumière, cette tempête qui hurlait, et même leur petit feu chuchotaient aux sens de se fier à cette torpeur et de se laisser aller au sommeil, mais sa raison le rappelait. Ils avaient passé plusieurs heures à marcher et s’entraîner, mais tout au plus était-on en milieu de journée. La magie et ses pièges, ses chausse-trappes pernicieux. L’homme se secoua et s’agita pour occuper son corps transi. Sortir la nourriture, la réchauffer, servir Kay. Tout prenait beaucoup plus de temps quand les membres tremblaient, comme s’il se mouvait dans une couche de vase qui aurait atteint ses épaules. La concentration était de mise.

Enfin, ils purent manger. L’adolescent, inquiet pour les loups, semblait plonger dans ses pensées et sans hâte, la Chasseur attendit que sa question fasse son chemin dans la tête du jeune homme. Kay lui avait aussitôt renvoyé un regard de biche effarouchée et son mentor ne prit pas la peine de le rassurer d’un sourire adouci. Son visage, égal à lui-même, conservait une expression de marbre. De son côté, il se trouvait fort lent à avoir compris la situation. Kay avait évoqué, à demi-mot certes, le pouvoir que possédait la reine de ce royaume sur les lieux. Et il était prince. Il n’y avait qu’un pas à franchir que le Chasseur, peu habitué aux déductions, et surtout pas filiales, avait mis un certain temps à effectuer. Il secoua la tête, puis haussa les épaules :

« Je te l’ai déjà dit, tu fais ce que tu veux. Pour l’instant, je n’ai pas de raison de te chasser. »

Pas de raison liée à leur journée en tout cas. Pour ce qui était de la météo, il choisit de ne pas en tenir compte dans sa réflexion. C’était sans doute un tort mais il ne revenait jamais sur une décision. Du moins, ça ne lui était jamais arrivé jusqu’alors. Ce constat effectué, l’homme entreprit de se frictionner vigoureusement les bras. Ramener le sang et la vie : cette altesse royale de mère ne resterait pas éternellement en colère et il ne se laisserait pas mourir entre temps.

*

« Du calme, pas de précipitation. »

Le fourré dans lequel ils s’étaient dissimulés frémit sous le mouvement pourtant posé du garçon alors qu’il bandait l’arme. Chasseur observait, le visage critique. Tirer un oiseau était autrement plus difficile qu’une biche. Plus petit, plus rapide, des mouvements plus difficiles à prévoir… Il estimait que c’était une bonne façon de voir si Kay avait progressé dans l’art délicat de l’arc.

Ces quelques jours passés en compagnie de l’adolescent se révélaient riches d’enseignement, aussi bien pour l’un que pour l’autre. L’homme des bois, qui, depuis son enfance, n’échangeaient jamais plus de deux ou trois mots avec les inconnus qu’il croisait, avait dû puiser dans toutes ses ressources pour accepter ce compagnon inattendu et développer les communications verbales. Quant à Kay, les apprentissages étaient moins sociaux, quoique à présent la meute accepta de se poser à quelques mètres d’eux lorsqu’ils campaient, que pratiques. Chasser bien sûr, préparer la viande, construire un abri, allumer un feu… et surtout, savoir lire les signes qu’envoyer la nature pour réagir en conséquence. Rien de plus difficile dans ce royaume où la magie jouait sans cesse des tours et les deux hommes avaient dû composer avec l’humeur de la reine, alternant un relatif beau temps et des tempêtes monstrueuses. L’un comme l’autre sentait confusément que la fin du voyage était proche : les aléas météorologiques se faisaient de plus en plus rapprochés, de plus en plus violents et imprévisibles. Pour la santé mentale de cette mère que l’adolescent chérissait tant, il faudrait bientôt se décider à se quitter. Mais pas immédiatement. Pour l’heure, le vent était plutôt calme et Kay devait prouver ce qu’il était capable de faire.

Le Chasseur se pencha vers l’oreille de son protégé et en quelques mots, lui indiqua l’essentiel. Il était moins affaire ici de puissance de tir que de rapidité et d’habilité, surtout lorsque l’oiseau était en vol. Kay avait de la chance, pour le moment, les quelques perdrix ne les avaient pas encore repérés, errant entre les racines, picorant le sol à la recherche d’une nourriture trop rare. L’exercice deviendrait plus compliqué si elles s’affolaient. Avec une petite tape d’encouragement sur l’épaule, Chasseur reprit sa position en retrait. C’était au garçon de jouer à présent.
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Ven 24 Juil - 19:23

Alors que Kay mordait dans la chair sèche, il ne pouvait s'empêcher d'ôter de son esprit l'idée qu'il était responsable de la tempête et que, par sa faute, ses compagnons risquaient de périr. Il lui fallait assurément se retirer, même s'il n'en avait pas l'envie. Il suivrait les directives du mentor, pour le bien de la meute. Il attendaient d'ailleurs la sentence avec une tension bien visible. Les traits de son visage s'étaient durcis lui donnant un air grave et sévère. Son faciès laissait entrevoir l'épuisement d'une vie à refouler toute forme d'attachement. C'était bien la première fois que l'idée d'un adieu troublait autant son inflexible tranquillité. Et s'il fallait partir, il faudrait s'y résoudre. Partir... et après ? C'est bête, cette viande séchée n'était pas si mal après tout...

Comme il fallait s'y attendre, le Chasseur ne sortit pas de son calme habituel. C'était comme s'il n'avait pas entendu les propos de son disciple. Il y avait un temps pour tout pour cet homme. Manger et faire part de ses intention n'étaient pas compatibles. Après avoir avalé le morceau qu'il était occupé à mastiqué, l'homme secoua la tête et haussa les épaules avant de prendre la parole.

« Je te l'ai déjà dit, tu fais ce que tu veux, dit-il avec cet air d'indifférence qui semblait le qualifier au mieux, Pour l'instant, je n'ai pas de raison de te chasser. »

Aussitôt le visage du garçon s'adoucit quelque peu. Sa mâchoire se décontracta et il put finir d'avaler le morceau de viande qu'il gardait entre ses dents. Il ne comprenait pas exactement ce que les mots trop simples du traqueur signifiait. Ou plutôt, ceux-ci ne révélaient pas ce que souhaitait véritablement son mentor. Kay se mit à sourire timidement en baissant légèrement la tête. Il pouvait rester, c'était l'essentiel après tout. Celui qu'on appelait Chasseur était vraiment surprenant. Le sourire du jeune prince se fit plus amer. C'était presque amusant cette façon que l'homme avait de refuser de voir ce qui aurait été une évidence pour n'importe qui d'autre. Le vent qui hurlait au dehors fit dangereusement trembler l'abri de fortune des deux compagnons. Le brave homme avait une raison essentielle de chasser son disciple. Cette tempête qui les menaçait n'était après tout que la face visible de l'iceberg... Rassuré de ne pas devoir affronter le vent du Nord, Kay baissa la tête et se contenta de mâcher son morceau de viande, se passant de tout commentaire inutile et superflus.

***

« Du calme, pas de précipitation »

Kay ferma les yeux et souffla discrètement pour apaiser quelque peu les battements de son cœur cognant joyeusement contre sa poitrine. Il fallait se calmer un peu et réussir l'exercice. Le Chasseur s'était penché vers son élève pour lui donner ses dernières recommandations. Quelques jours s'étaient écoulés depuis l'effroyable tempête qu'ils avaient bravée avec astuce et vaillance. Si le ciel et l'humeur de la Reine avait été un peu plus clément, le quotidien du jeune prince ne fut pas de tout repos. Le Chasseur, en formateur soucieux de bien transmettre son savoir, n'avait pas laissé une seule minute de répit à son jeune élève. Il lui avait appris tant de choses en si peu de temps ! En quelques jours, le garçon avait réussi à faire naître du feu avec des pierres dans ses mains et à se familiariser avec l'art si subtil du tir. Il s'avérait même meilleur pour tuer une biche en la touchant en plein cœur que pour planter une simple flèche dans le tronc d'un vieil arbre mort. La tempête avait aussi eu le bénéfice, en plus de lui montrer comment enflammer le bois secs, de lui apprendre à choisir un bon emplacement pour se construire un abri et comment le consolider. Le Chasseur lui avait également montré comment trouver un minimum de ressources dans la nature pour subsister. En quelques mots, le brave homme lui avait enseigné l'art de la survie.

Le prince d'Arendelle rouvrit les yeux et fixa la cible que lui avait imposée son mentor. Il était inutile de repenser à tout ce qu'ils avaient vécu durant ces derniers jours. Penser au passé proche, l'amènerait inévitablement à se figurer l'inévitable séparation qui les attendrait un jour. S'imaginer cet adieu-là était loin de lui plaire. Kay fronça les sourcils et focalisa à nouveau son attention sur l'oiseau que lui avait désigné Chasseur. C'était plus petit que le gros gibier ; plus rapide donc, plus... difficile à atteindre. C'était plus amusant aussi... Le maître, ayant terminé de conférer ses conseils, se redressa et, après une petite tape destinée à encourager son élève, se retira discrètement pour le laisser se débrouiller seul, sur le devant de la scène.

Kay prit une profonde inspiration, ferma un œil et focalisa l'autre, le maudit, sur la proie qui n'avait plus le droit de vivre. Une belle couleur rouge dessinée la forme du cœur du petit être. Le jeune homme focalisa son attention sur cette tâche minuscule et ne la quitta plus du regard. Il était comme hypnotisé. Ses membres se raidirent et il ne bougea plus du tout, si ce n'est pour orienter sa flèche vers la pétale colorée. C'était comme s'il ne respirait plus. Le monde entier semblait s'être arrêté pour laisser battre la petite tâche. Le prince sourit et la flèche partit, faucher le volatile en plein cœur. L'oiseau s'écroula mort sur la neige pour y répandre une belle couleur rouge.

Aussitôt l'adolescent abandonna sa mine ravie et se retourna humblement dans la direction de son maître en quête d'un quelconque signe d'approbation. Le Chasseur n'était pas très expressif après tout...

« Voilà, déclara-t-il simplement, ne trouvant pas quoi dire en plus. »
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Mer 29 Juil - 11:00

Ombre immobile et silencieuse en arrière-plan, le Chasseur guettait lui aussi, mais son œil était fixé sur le prédateur, non sur la proie. Kay avait révélé des prédispositions étonnantes pour le tir et en quelques jours, l’arme lui était devenue familière. Il avait rapidement dompté son problème de vue et s’était entraîné sans relâche pour que la position lui devienne naturelle. Les yeux de l’homme des bois balayèrent d’un mouvement le regard concentré du jeune prince, la corde et sa vibration infime sous la tension imprimée, la posture figée, tout entière dirigée vers sa cible. Il n’avait rien à redire à cela : lorsque le trait partit, il toucha sans surprise le petit animal qu’il faucha en plein cœur.

Le Chasseur surprit le sourire ravi qui effleura d’une caresse rapide les lèvres de son protégé avant que ce dernier ne se retourna avec une expression humble vers lui. Peut-être n’y avait qu’une chose sur laquelle il aurait retrouvé à dire. Kay était doué pour le tir, sans doute parce qu’il aimait ça. Mais parfois, Chasseur avait la sensation que le petit prince aimait trop ça. Ou plus exactement, qu’il appréciait avec un peu trop de gourmandise l’instant fatidique où sa flèche fauchait une bête en plein cœur. Au moins pouvait-il se féliciter d’une chose : son protégé ne faisait jamais souffrir inutilement sa proie. Mais lui-même ne tuait que pour subvenir à ses besoins et n’y éprouvait pas de plaisir particulier, au contraire. Il avait eu du mal à expliquer à Kay, lui si peu à l’aise avec les mots, pourquoi il ressentait la nécessité de se recueillir sur la dépouille du défunt lorsqu’il venait d’ôter une vie. Tuer n’était pas un jeu, c’était une responsabilité, mais il n’était pas certain d’avoir réussi à le communiquer à son protégé.

Quoiqu’il en soit, l’adolescent avait réussi l’exercice haut la main et son mentor le récompensa d’un de ses trop rares hochements de tête appréciatifs. Sans hâte, l’homme se releva. Le reste des volatiles avaient aussitôt filé à travers les arbres et il fit signe à Kay d’aller récupérer l’animal. Après tout, c’était sa proie.

« C’est toi qui le prépareras. »

Il lui avait montré la veille comment plumer un oiseau, ce serait une bonne occasion de le mettre en pratique. Les deux compagnons redescendirent vers la rivière près de laquelle ils avaient monté leur campement, glissant sur les berges enneigées. Les abords de leur bivouac étaient heureusement plus secs. Pendant que Kay préparait le repas, le Chasseur s’installa sur un rocher un peu à l’écart et reprit son ouvrage, commencé depuis quelques jours. Le travail touchait à sa fin. A côté de lui, le boyau nettoyé n’attendait plus que son support et concentré, l’homme achevait de tailler la pièce de bois. Ce n’était plus l’affaire que de quelques finitions. L’arme serait rustique certes, à son image, mais efficace. Et cela éviterait à Kay de continuellement lui emprunter son arc. Alors qu’il achevait de sculpter la poignée, il se figea soudain, le couteau suspendu dans les airs et l’oreille aux aguets. Un regard à Kay. Avait-il entendu ?

Des années de solitude avaient aiguisé l’ouïe du Chasseur : le son était encore lointain mais à coups sûr, il s’agissait des sabots de chevaux. Seul et moins installé, l’homme aurait aussitôt pris la tangente. D’aucuns auraient parlé de fuite mais il avait tant ses semblables en horreur qu’il préférait d’ordinaire disparaître sous les arbres avant d’y être confronté, plan d’autant plus simple à mettre en œuvre qu’ils avait en général affaire à de gros balourds qu’il entendait arriver de loin. Mais il n’était pas seul, et il n’entendait pas abandonner leur campement comme ça.

A nouveau, il échangea un regard avec son protégé, le concertant en silence sur l’attitude à adopter. Et puisque ni l’un ni l’autre ne semblait prêt à abandonner un pouce du terrain, le Chasseur reprit son ouvrage sans même daigner même se lever. Il n’en avait peut-être pas l’air, mais il attendait les nouveaux venus de pied ferme.
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Dim 16 Aoû - 23:32

La flèche était partie et l'oiseau était mort, comme convenu. Dès que le Chasseur se posa sur son protégé, le sourire qui lézardait le visage grave de celui-ci disparut aussi vite qu'il était apparu. Les deux hommes échangèrent un bref regard sans rien dire encore. Bien que complices, un monde semblait les séparer parfois. Le prince, confus, baissa la tête. Le Chasseur était le maître dans les bois. Il était le chef de sa meute et ses loups le respectaient. Il était fort, puissant. Il choisissait de laisser vivre ou mourir telle ou telle créature. Il faisait naître le feu avec la pierre et faisait de la forêt son amie. Et pourtant...

Pourtant, cet homme ne pouvait s'empêcher de pleurer sur le corps de fraîches victimes, comme si les larmes pouvaient changer quelque chose à sa condition de prédateur. Kay avait beau essayer de comprendre, il n'y parvenait pas. C'était bien la première fois qu'il voyait quelqu'un se recueillir sur la dépouille de sa victime. Il avait pourtant lu bon nombre de livres sur des considérations aussi brumeuses que la vie, la guerre et la mort. Généralement, les guerriers sacrifiaient l'ennemi à quelques idoles inconnues pour soulager leur conscience. C'était différent chez son maître. L'homme était trop simple pour s'inventer une quelconque divinité à honorer. Les larmes qu'il versait en silence étaient sincères et il lui fallait se pencher sur sa proie, caresser ses flancs en guise d'excuse pour se sentir mieux. C'était sans doute quelque chose comme ça... Kay n'en savait rien après tout. Il ne faisait que multiplier les possibilités. Il n'avait jamais osé rompre le recueillement de son mentor en lui posant nettement la question. Il est vrai que cette pratique le perturbait mais l'idée de trop s’immiscer dans l'intimité du chasseur l'effrayait davantage. L'homme aurait vite fait de le chasser pour son excès de curiosité. Rester indifférent lui suffisait amplement.

Le jeune homme releva la tête pour recevoir un signe de la part de son mentor qui, d'un simple signe de tête, fit comprendre son approbation sans rien ajouter de plus. Il restait fidèle à lui-même et à ses habitudes de chien solitaire. Dans son for intérieur, Kay sourit. On pouvait même dire que, derrière son masque de glace, le prince riait des manières gauches de son mentor, et, par la même occasion des siennes... Les lèvres du garçon n'esquissèrent pas le moindre sourire pouvant trahir ses pensées qui, privées de toute mimique comique, moururent aussitôt qu'elles avaient osé tenter de voir le jour. Les directives du Chasseur mirent définitivement fin aux vagabondages de son esprit encore jeune.

« C'est toi qui le prépareras. »

Le maître avait parlé. Il ne restait plus qu'à l'élève de briller en montrant qu'il avait bien retenu les nombreuses leçons qui, sans vraiment s'en donner l'air, le Chasseur lui avait apprises. Kay hocha la tête, se pencha sur sa victime quelques secondes dans l'espoir qu'une larme couvre son visage mais, devant son incapacité à accomplir ce genre d'exploit, il soupira, presque agacé, s'empara de la charogne et emboîta le pas à son mentor. Tuer et pleurer... quelle drôle d'idée !

Une fois au bord d'une petite rivière qui dormait au creux d'un tendre vallon, les deux compagnons s'assirent chacun de leur côté. Le prince, pressé de montrer ses nouveaux talents, s'était assis le premier. L'autre semblait avoir fait le choix de ne pas le rejoindre tout à fait, comme pour le laisser se débrouiller seul avec la tache qui lui incombait. Trop concentré pour s'en apercevoir, Kay sortit son couteau avant de se raviser. Avant de découper l'animal, il fallait lui ôter les plumes. Il arracha donc avec calme et patience, regardant le gris duvet de l'oiseau s'envoler gré du vent du Nord. Parfois la couleur rouge venait chatouillait ses iris et il continuait avec le même entrain, fier de son petit exploit.

Kay avait terminé de déplumer le volatile lorsqu'il se rendit compte de l'éloignement de son maître. Il fronça les sourcils et le regarda avec curiosité. Ce dernier semblait accaparé par une pièce de bois qu'il était occupé à tailler avec minutie. Le jeune homme allait lui demandé ce qu'il faisait lorsqu'il se ravisa. Le Chasseur s'était arrêté net. Le prince referma la bouche pour ne pas paraître simple d'esprit. Ils échangèrent un bref regard. Ils avaient entendu la même chose. Quelqu'un approchait...

Que faire ? L'adolescent cherchait une réponse dans le regard de son maître à chasser, mais n'y vit qu'une lueur de défi l'invitant à prendre lui même la décision. Que faire ? Que dire alors ? Kay avait comme un mauvais pressentiment. Très peu de monde se risquait à s'aventurer loin des bourgs et des villes. Il ne pouvait s'agir que d'une patrouille... Des gardes... À sa recherche peut-être ! La sagesse aurait voulu qu'ils se cachent tous deux et laissent la menace s'éloigner, mais la lâcheté parlait étrangement ce même langage. Ne voulant paraître couard, le prince fit mine de rien et décida de rester. Déjà les ombres se profilaient dans leur direction. Ils étaient déjà repérés de toute façon...

Les ombres s'arrêtèrent près de l'emplacement de leur campement. Sur leur cheval, elles surplombaient le vallon, la timide rivière, le maître et son élève. Kay leva les yeux en direction des silhouettes. Sous le large manteau de fourrure qu'elles portaient pour se prévenir du froid luisait une cotte de maille. Chaque homme possédait un fourreau aux couleurs bleu sombre rappelant les teintes d'Arendelle. Les nouveau venus posèrent pied à terre, sortirent leur épée de leur fourreau et s'avancèrent prudemment. La garde royale avait retrouvé le prince.

« Toi ! Éloigne-toi du prince ! aboya avec plein d'orgueil le chef de l'escouade à l'attention du Chasseur, Éloigne-toi de lui et il ne te sera fait aucun mal ! Il est à nous. »

Il était toujours très agréable d'être assimilé à une espèce de bien à posséder... Kay se contenta de hausser les épaules et retourna à la découpe de son oiseau pour bien montrer qu'il n'avait aucune envie d'accorder la moindre considération à ce genre de sous-fifre. On lui avait donné un exercice à réaliser et c'était bien plus important que de servir l'orgueil de quelques petits soldats trop sûrs d'eux. Qu'ils approchent ! Il avait un couteau et savait s'en servir. Le cœur du garçon s’enorgueillissait lui aussi...
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Sam 5 Sep - 17:35

Ils étaient sept. Sept hommes en terrain conquis, le sourire suffisant et sûrs de leur bon droit. Leurs armures rutilantes lançaient des reflets sous le soleil voilé d’Arendelle et le Chasseur eut une brève crispation de la lèvre qui, chez lui, équivalait à une grimace de mépris. Les chiens de la reine étaient là. Il n’avait aucun respect pour ce genre d’homme qui en montrait si peu pour eux-mêmes. Comment pouvait-on accepter d’être ainsi le jouet des soit disant puissants, de ne plus s’appartenir entièrement ? Non ils ne valaient définitivement pas la peine qu’il se lève pour eux, ou même seulement qu’il leur accorda un regard à leur arrivée, et il eut la secrète satisfaction de voir agir son protégé de même. Réalisèrent-ils l’affront ? Ils mirent en tout cas pied à terre pour s’avancer vers lui avec prudence, la main sur le pommeau de leurs armes.

« Toi ! Éloigne-toi du prince !  Éloigne-toi de lui et il ne te sera fait aucun mal ! Il est à nous. »

Le Chasseur achevait son ouvrage alors que le cavalier le plus proche l’apostrophait. La pièce de bois aurait mérité un petit coup de ponçage supplémentaire mais elle était prête à l’emploi. Ses doigts habiles se saisirent du boyau nettoyé qu’il avait réservé pour le nouer convenablement aux extrémités. Il n’aurait malheureusement pas le temps de tester l’arc et avec un soupir lourd de sens, reposa ce dernier à ses côté pour enfin répondre à l’importun.

« Le prince est libre, il n’appartient à personne. »

L’homme sauvage prit son temps pour se lever et planter son regard couleur d’orage dans celui du guerrier. Un regard qui n’augurait rien de bon, ce que son adversaire dut sentir puisque tout armé et protégé qu’il était, il recula d’un pas.

« Je ne le retiens pas, il peut partir quand il le souhaite. Mais s’il ne désire pas vous suivre, je ne vous laisserai pas l’emmener. »

Son visage dur avait repris son expression impassible habituelle et la crispation figeait maintenant les traits du chef d’escouade.

« Ne t’avise pas de te mettre en travers de notre chemin ! La reine nous envoie et nous ramènerons le prince coute que coute ! »

La lame bruissa lorsque l’homme la tira du fourreau mais le Chasseur n’avait pas attendu. En un instant, avant même que le soldat n’ait pu adopter une posture guerrière, il passa sous sa garde pour appuyer son poignard contre la gorge offerte. Aussitôt, le reste de la troupe l’encercla mais celui qu’il menaçait leva une main rapide. Il lui aurait tranché la gorge avant que quiconque ait pu bouger mais il passerait aussitôt sous le fil de leurs armes : la situation semblait inextricable.

Un hurlement au loin brisa le silence tendu que même le bruit de l’eau ne semblait plus atteindre. La meute avait perçu le danger.
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Dim 15 Nov - 20:45

Bien qu'il voulait feindre l'indifférence, le jeune prince ne pouvait s'empêcher de guetter du coin de l'œil l'attitude de ceux qui voulaient s'instaurer comme ses geôliers. Il n'avait pas apprécié la façon dont le sous-fifre en chef s'était adressé à son mentor. Le mérite ne se voyait pas avec l'éclat et la finesse d'une armure. Le mérite ne revenait qu'à celui qui savait survivre aux dangers d'une existence difficile, fusse-t-il nu comme un ver. Kay fronça les sourcils tout en achevant de déplumer l'animal. Son regard glacial quitta aussitôt sa besogne pour suivre ce qu'il se passait un peu plus loin.

Chasseur avait sorti sa lame et, tenant fermement le petit soldat, menaçait de lui trancher la gorge. Kay se leva. Cela aurait été amusant de voir cette homme de ferraille grise se noyer dans l'écarlate de son sang. Néanmoins, ses acolytes cernaient l'homme des bois qui risquait fort de perdre la vie si rien n'était fait rapidement. La vie du soldat n'avait que peu d'importance face à l'ordre qui avait été donné : ramener le prince coûte que coûte. Qu'il ait un otage ou non, son mentor serait abattu comme un chien, s'il n'intervenait pas.

Délaissant la carcasse de sa dernière proie, le prince se rua en direction des assaillants, le couteau serré dans sa paume. Son cœur cognait violemment contre sa poitrine comme cela lui arrivait rarement. Il courut plus vite encore. Il avait comme l'impression qu'il allait vomir des flammes tant la douleur lui réchauffait les entrailles. L'enfant s'imaginait déjà des ailes lui sortir du dos pour l'aider dans son élan avant de tuer, comme un dragon, ses ennemis. Mais tout ça n'appartenait qu'aux romans de chevalerie qu'il avait trop lus et qui avait envenimé son esprit.

« Ne lui faites pas de mal ! cria-t-il en s'approchant de la garde royale. »

Ceux-ci le regardèrent avec une grande surprise, tant il était rare d'apercevoir le prince d'Arendelle se soucier de quelqu'un d'autre que sa petite personne. L'étonnement qui se lisait sur leur visage s'effaça toutefois aussi vite qu'il n'était apparu. L'un des soldats, épiant le jeune homme, sourit d'un air sournois et se jeta sur lui sans ménagement et lui tenir fermement les poignets. Un autre s'approchait déjà. La lumière d'un couteau luisant à la lumière du pâle soleil de l'hiver...

« On va finalement pouvoir s'en débarrasser, grogna l'un des assaillants alors qu'il serrait davantage contre le cou du garçon. »

Et, pour la première fois, Kay sentit les larmes lui monter aux yeux. L'idée que toute sa noble chevauchée héroïque prendrait fin aussi minablement lui torturait l'esprit. Cours, Chasseur, et sauve ta vie...
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MessageSujet: Re: Traque au crépuscule [Kay] Sam 5 Déc - 18:56

Les chocs des bottes de l’adolescent sur la terre détournèrent un instant l’attention des protagonistes de l’altercation. Les événements s’enchaînèrent alors à une vitesse folle. Du coin de l’œil, Chasseur aperçut son protégé se faire intercepter au vol, et les hommes censés être aux ordres de sa mère le menacer. Dieu ! La servitude avait-elle ôté à ces guerriers tout sens de l’honneur ? Sa lèvre supérieure se releva dans un grondement plus proche de l’animal que de l’être humain et il passa à l’attaque. Le cercle formé autour de lui jusque là s’était en partie désolidarisé à l’intervention de Kay : vif comme un loup, le Chasseur profita d’une faille pour s’en extirper, non sans arracher un cri de douleur suivi du gargouillement de l’agonie au garde auquel il enfonça sa lame dans la gorge au passage. Et un traître de moins. Evidemment, la réaction de ses compagnons d’arme ne se fit pas attendre et dans un cri de rage, trois se jetèrent immédiatement sur lui. Le Chasseur para l’un, esquiva le second, mais ne put éviter le troisième dont l’épée entailla son bras, le repoussant du même élan à quelques pas.

L’homme grimaça de douleur mais ne broncha pas, l’œil noir. A six contre deux, la partie semblait mal engagée. Kay était toujours immobilisé, et après ce premier sang versé, les quatre autres semblaient décidé à lui régler son compte. Sa propre blessure était heureusement superficielle, et le bras qui tenait l’arme était intact. Si ces chiens voulaient leur peau, il leur vendrait chèrement.

« Lâchez-le. Maintenant. Ordonna-t-il aux deux hommes qui maintenaient le jeune prince.

— Et pourquoi ça ? » Ricana l’un d’eux.

La tête du Chasseur s’inclina légèrement dans ce qui, chez lui, était sans doute le plus proche de l’expression de l’ironie.

« Je ne vous tuerais peut-être pas. »

Sa main se raffermit sur la garde de son poignard alors que les quatre soldats libres de leurs mouvements se ruaient à nouveau sur lui. Bien mal leur en prit, car c’est cet instant que choisit la meute pour intervenir. Jaillissant de derrière les fourrés, elle se jeta dans la mêlée avec un silence  de mort. Les crocs de l’un des loups s’enfoncèrent dans la gorge de l’homme qui s’apprêtait à embrocher le Chasseur sans autre forme de procès, tandis qu’un autre prenait pour cible l’un des assaillants du petit prince. Libéré, ce dernier eut enfin le champ libre pour se défendre à son tour. Cela ne dura pas, hélas.  

L'homme sauvage luttait lui aussi, pied à pied, avec son adversaire. Dans la mêlée, il ne s’aperçut pas que l'un des derniers hommes debout avait réussi à s'éloigner des loups pour prendre à revers son protégé. Lorsqu'il s'en rendit compte, il était déjà trop tard : Kay était hissé contre sa volonté en travers de la selle d'un cheval.

« Kay ! »

Chasseur se précipita, peine perdue. Un bout coup de botte ferrée le cueillit à le tempe et il s'effondra au sol. Le temps qu'il retrouva ses esprits, les deux rescapés et leur prisonnier étaient déjà loin. Le visage fermé, du sang dégoulinant le long de son menton, l'homme fixa longtemps l'horizon puis baissa la tête, vaincu. Il avait échoué à aider son protégé.
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Traque au crépuscule [Kay]

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